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Courte nouvelle écrite à 2 heures du matin

Soudainement, un pâle défilé sortit du brouillard. De minces lueurs rouges, vertes, jaunes, apparaissaient et disparaissaient doucement dans l'atmosphère blanchâtre qui m'entourait. Dans ces étranges feux follets palpitants, je distinguais des chars surmontés d'étranges personnages, des troupes de danseurs en costumes exotiques, tous entourés d'une foule qui semblait ne jamais s'arrêter. Certaines de ces visions semblaient lointaines, s'effaçant comme si elles ne supportaient pas d'être vues ; d'autres se présentaient à moi, exigeant mon regard et mon attention, ne paraissant pas affectées par l'épaisse couche de brume, ni par quelconque idée de perspective.

De cette étrange assemblée sortait une clameur grandissante. Au début lointaine, elle montait en crescendo petit à petit. J'entendais des cris euphoriques, comme des chants de sirènes au milieu de la mer de poix blanche. En même temps que cette cacophonie résonnait dans la clairière, emplissant l'espace vide par sa seule présence, les lumières semblaient grandir, pas tant dans leur échelle – impossible à décrire – mais par la place qu'elles prenaient dans mon esprit. Elles étaient au premier plan, comme un intrus qui serait sorti du décor pour se glisser au devant de la scène, faisant fi de ce qu'il s'y passait. Ce spectacle provoquait en moi une sorte de bizarre sensation de plénitude : sa beauté était si envoûtante et absolue que la perspective de son absence paraissait inenvisageable, absurde, comme si l'on retirait le soleil du crépuscule.

La foule faisait maintenant place à une ménagerie de chimères et autres créatures incompréhensibles. J'essayais encore et encore de m'approcher pour poser la main sur l'une d'elles, mais à chaque fois, alors que je m'apprêtais à toucher une tête, un dos, des pattes, que sais-je, elle semblait se tordre autour de moi. Prenant peur, je me retournais pour fuir, mais m'arrêtai en constatant que ce qui se déroulait en face se déroulait aussi derrière moi. Plus précisément, cette parade semblait se moquer de la direction dans laquelle je pouvais bien regarder ; elle était toujours à une distance fixe devant moi.

D'abord émerveillé, je sentais la panique grandir en moi. Alors que les chants devenaient insupportables, puis assourdissants, je réalisai d'un coup que l'endroit étrange dans lequel je me trouvais était plongé dans le silence. Pas un bruit ne sortait de ce carnaval fantastique ; lui-même semblait avoir disparu. Les lueurs s'étaient effacées sans laisser de trace : là où, il y a quelques instants, je ne pouvais voir rien d'autre qu'une lumière éblouissante, ne demeurait que le blanc triste et morne du brouillard.